Nous aurions pu émettre des hypothèses, mettre en place des traces, des limites. Celles qu'on ne peut franchir. J'aurais pu en mettre, j'aurais pu les tracer, les marquer au fer. Tu aurais pu, aussi. Tes pas chancelants m'ont enlevé toutes ces limites à tracer sur nos sols. Tes yeux m'indiquaient de faire marche arrière, sans me retourner, pas une seule fois. Mais ma fierté, mon côté têtue m'ont poussé à faire le contraire. Je me suis retournée, quatre peut-être cinq fois avant de refaire les mêmes pas, m'approchant peu à peu de toi, à nouveau. Sentant déjà ton parfum enivré mes sens, tous autant qu'ils sont. Je t'ai laissé tiré sur le joint, je t'ai laissé boire un peu, avalé une pilule -je crois- avant de m'enfuir dans tes bras, avant de me morfondre sur ta chair. Qui était mienne, quoi qu'il advienne. Tu étais devenu mon jouet, en si peu de temps, en si peu de coups. Tu étais pour moi, à moi. Toi, en revanche, tu ne m'avais pas. Personne ne m'avait, en faite. Mais moi je t'avais, j'avais ta chair, ton sang, tes yeux, tes cinq sens, ton odeur, ton coeur à corps, ton corps à coeur. Je t'avais. En si peu de temps, tu étais devenu ma marionnette préférée, le jouet avec qui je passais plus de temps. Je me rappelle t'avoir griffée, giflée. Tu n'avais rien dit, tu étais partis. Le lendemain, mon amant, tu étais revenu. Tu détailles désormais de tes yeux immaculés chaque geste que je fais, chaque mot que je sors. Par crainte. Tu sais que je joue de toi. Et là, dans tes bras, à humer ton odeur avec ardeur, je te savoure. Je te savoure toi tout entier. Et je sens tes membres trembler, frémir. Je te sens renversant, tu flippes, tu me serres. De peur que je parte, encore, toujours. Je partirais, dans peu de temps, pour revenir sur mes pas, encore. Pour m'enivrer de ton odeur suave, pour en voir d'autres, pour en sentir d'autres. Ne t'appartenant toujours pas.


